Un système pilote de révision des brevets par les pairs initié aux Etats-Unis pourrait servir de modèle aux offices de brevets dans le monde.
LEcole de droit de New York, connue sous le nom de New York Law School (NYLS) en collaboration avec lOffice des brevets américain (USPTO) conduit pour la deuxième année son projet Peer To Patent, une initiative innovante qui propose de faire participer le public aux processus dexamen des brevets. Le système en ligne permet au public de fournir létat antérieur de la technique pour évaluer les réclamations des demandes de brevets en suspens. Le but ? Fournir aux examinateurs de brevets un maximum dinformations afin daméliorer la qualité des brevets délivrés.
Au cours de sa première année, ce projet sest concentré sur les brevets technologiques et logiciels. Depuis quil est entré dans sa deuxième année en juillet 2008, il cherche à augmenter laccent mis sur les brevets relatifs aux méthodes commerciales.
Habituellement, on ne trouve pas les meilleures méthodes détat antérieur de la technique dans la littérature des brevets, mais plutôt dans les bases de données de lUSPTO, auxquels les examinateurs nont pas accès ou dont ils ignorent lexistence. Par ailleurs, de nombreuses entreprises aimeraient garder secrètes leurs méthodes et techniques commerciales.
John Doll, Commissaire du Bureau américain des brevets et des marques, a confié à Intellectual Property Watch que « les brevets sur les méthodes commerciales sont en quelques sortes uniques par rapport aux inventions proposées », telles que pour les méthodes de comptabilité, dassurance et de report des taxes ». « Ainsi, le public qui comprend cet aspect du commerce a la possibilité de soumettre cette partie de létat antérieur de la technique. »
Depuis sa création, ce système a évalué 88 demandes de brevets. Sur les 46 applications qui ont passé la première étape de sélection pour lUSPTO, les examinateurs ont cité sept objets détat antérieur de la technique soumis via Peer to Patent. Huit autres applications ont utilisé létat antérieur de la technique trouvé tant par les examinateurs que par les pairs réviseurs. Lentreprise dinvestissement Goldman Sachs a par exemple soumis une demande de brevet pour une méthode commerciale. Il sagit dun système électronique qui crée un réseau dacheteurs et de vendeurs de produits de base et permet à ses utilisateurs dopérer conformément à toutes les directives bancaires fédérales.
Lors de la première année de vie du projet, les innovateurs étaient encouragés à soumettre jusquà quinze demandes par an et depuis juillet, ce chiffre sélève à 25.
Le système est avantageux pour les innovateurs : des demandes et des ressources de meilleure qualité sont synonymes de brevets plus forts. Plus la qualité dun brevet laisse à désirer, plus il y a de risque de le voir aboutir devant un tribunal. Sans parler du fait que la procédure contentieuse est coûteuse, comme le sont aussi souvent les arrangements à lamiable.
« De manière générale, lon constate que la préoccupation principale est de savoir quun grand nombre de brevets délivrés ne méritent vraiment pas leur appellation », a affirmé Manny Schecter, conseiller général associé sur le droit de propriété intellectuelle chez IBM, lun des principaux sponsors du projet. « Des entités commerciales dépensent des milliards de dollars chaque année pour se défendre des violations de brevets quelles subissent et ces brevets sont finalement invalides, ce qui constitue un frein à léconomie. »
Le plus grand défi, a expliqué le chef de projet Chris Wong, est daugmenter la participation à ces processus ; cette année, Peer to Patent va démarcher les cadres chargés des procédures dobtention de brevets ainsi que dautres acteurs ayant un intérêt dans le patentage des méthodes commerciales.
« Lors de la première année, nous avons axé nos efforts sur un objectif : Peer to Patent était-il un projet valable ? Nous avons maintenant prouvé que cest bien le cas », a poursuivi M. Wong. « Nous avons abandonné la vente agressive sur Peer to Patent. Nous nous contentons de suggérer aux utilisateurs de continuer à participer à ce projet ou de leur demander leur opinion sur la manière dimpliquer encore plus de personnes.
Intérêt international
Dautres pays se sont inspirés des nouveautés sorties aux Etats-Unis. Pendant lété, lOffice des brevets du Japon (JPO) a lancé sa propre version dun système de révision appelé « Community Patent Review » (CPR). Le CPR administré par le Institute of Intellectual Property (IIP) - Institut de propriété intellectuelle du Japon (IIP) - a examiné 39 demandes ; aucune dentre elles na déclenché une action de loffice pour linstant. La fin de la révision des demandes de brevets est programmée pour le mois prochain, daprès Takashi Ishihara, chercheur auprès de lIIP. Ensuite, les chercheurs analyseront les résultats quils ont obtenus et établiront des comptes rendus à propos des réussites.
Avant de lancer le CPR, le Japon a consulté la NYLS pour sinformer sur le projet Peer to Patent, sur ses actions dinformation, ainsi que sur sa manière dévaluer les versions préliminaires.
« Pour linstant, nous ne rencontrons aucun obstacle majeur dans la version préliminaire » a indiqué M. Ishihara. « Si nous devons exprimer un souhait, ce serait peut-être de voir davantage dexaminateurs actifs participer au CPR. »
La NYLS est également en contact avec lOffice britannique de propriété intellectuelle (UKIPO) pour conduire un projet pilote similaire. On sattend à ce que les parties parviennent à un accord très prochainement. LOffice européen des brevets connaît lexistence de Peer to Patent, mais na pas encore montré dintérêt particulier à sen inspirer pour lancer son propre modèle.
Mark Webbink, directeur exécutif du Centre pour les innovations de brevets de la NYLS, a indiqué que « certaines négociations débutaient » avec dautres offices à propos dun système de révision par les pairs. Mais ces négociations nen sont quà un stade prématuré et mettent principalement laccent sur la manière de former dautres offices au travail initié par la NYLS.
« Il est évident que dautres offices de brevets nationaux sont intéressés à poursuivre ce type dapproche », a indiqué M.Webbink. « Le programme a toujours prévu, depuis ses débuts, dessayer dinclure dautres offices internationaux, en plus de lUSPTO, puisque tous font face aux mêmes défis liés à certaines nouvelles technologies : la capacité de trouver létat antérieur de la technique ».
Tandis que les critiques à lencontre des aspirations de Peer to Patent sont limitées (tout apport qui peut permettre daméliorer le processus dexamen des brevets est bienvenu), certains sont sceptiques quant à son utilité réelle.
Michael J. Meurer, professeur de droit à la Boston University School of Law, apporte son soutien à ce projet et espère que le processus sera amélioré par ce biais, mais il craint que le travail peu glamour qui attend les réviseurs nentraîne une baisse dintérêt général. Ceux qui redoutent cela sont « nombreux », a-t-il indiqué.
Il a également affirmé que le système « ne répond pas au problème le plus sérieux auquel est confronté le système des brevets ». Autrement dit, on ignore toujours quels droits de propriété exactement sont revendiqués, et linterprétation de nombreux brevets reste trop vague. Il se peut quun examinateur lise une application de manière étroite, regarde létat de la technique antérieur et décide que la demande nest pas pertinente, mais un tribunal pourrait par la suite en faire une interprétation plus large. Il pense également que les requêtes de mauvaise qualité devraient être davantage sanctionnées.
Le système des brevets devrait davantage sinspirer du régime de la propriété, a affirmé M. Meurer, auteur de louvrage « Do Patents Work? The empirical evidence that todays patents fail as property and discourage innovation, and how they might be fixed. » (« Les brevets fonctionnent-ils ? La preuve empirique que les brevets actuels échouent en tant que propriété et découragent linnovation et les solutions »)
« Lorsque je possède un bout de terrain, vous pouvez consulter lacte notarié, qui est disponible publiquement, vous pouvez passer devant ma propriété en voiture
. Et puisque la loi sur les biens immobiliers est relativement stable et prévisible, vous serez en mesure de savoir quelle propriété et quel terrain je possède. Ensuite, si vous souhaitez faire un investissement qui implique du terrain, vous pourriez le faire sur la propriété voisine, en investissant sans interférer avec mes droits, ou vous pourriez me racheter certains de mes droits. »
Pour conclure, M. Meurer a ajouté : « Dans bon nombre de cas, le système des brevets ne fait bien ni lun ni lautre. »
Paul Volodarsky, stagiaire, a apporté sa contribution à cet article.
Translated from English by Marisa Marolda
Auteur : Liza Porteus Viana
Source : http://www.ip-watch.org/
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