Situé à Paris, le petit « musée de la contrefaçon » constitue pour son propriétaire, lUnion des fabricants, un plaidoyer contre les faussaires, qui agissent dans des secteurs aussi divers que la mode, lélectronique ou les jouets.
Il faut sonner à lentrée de cet hôtel particulier situé dans une rue calme du très cossu XVIème arrondissement de Paris puis préciser que lon vient « visiter le musée ». La porte souvre. Après quelques marches, on pénètre dans le « musée de la contrefaçon », en fait trois salles au parquet ciré garnies de vitrines un tantinet vieillottes où sont exposés les trophées de la contrefaçon. LUnion des fabricants (Unifab), qui réunit plus de 400 entreprises attachées à la propriété intellectuelle, anime la petite exposition depuis 1951. Dans chaque devanture, consacrée à un type de produits (lunettes de soleil, bouteilles dalcool ou bracelets-montres), plusieurs modèles ont été placés côte à côte. Pour aider le visiteur à distinguer le bien du mal, une pastille ou une flèche verte indique le vrai produit, tandis que les contrefaçons sont marquées de la couleur rouge. Une série de sacs à main vrais ou faux siglés Vuitton, Lancel ou Dior, la marque bien en évidence, totalement indifférenciables les uns des autres, dorment sur une étagère. Plus loin, une série de fausses poupées Barbie sourient avec autant dapplication que leurs surs estampillées « vraies ».
La plus vieille contrefaçon connue
Les concepteurs du musée se sont donnés la peine dillustrer « le premier exemple de contrefaçon connu », assure un écriteau. Des bouchons damphore en chaux datant de lépoque romaine, portant la marque dun négociant de vin de Campanie (avec un fléchage vert), voisinent avec des bouchons en argile (en rouge) créés par « un viticulteur de la Narbonnaise qui cherchait à rivaliser avec les vins du sud de lItalie ». Tous les produits imaginés par lhomme ont un jour été copiés. LUnifab tient à exposer cette diversité, même si, selon les saisies opérées par les douanes européennes, les deux produits les plus contrefaits sont, de loin, les CD et DVD (49% des saisies) et les cigarettes (30%). Accessoires de téléphone, parfums, jouets, produit à vaisselle, café soluble, fer à repasser, dictionnaires : le visiteur du musée passe allègrement dun objet à lautre en apprenant à distinguer le vrai du faux. Seule exception : les bijoux, qui napparaissent que dans leur version contrefaite, les marques ayant sans doute jugé plus prudent de ne pas exposer de vraies montres de valeur dans un musée dépourvu de protection électronique. Certains produits, découvre-t-on, constituent « de pures inventions », même sils sont accompagnés, comme ces fausses chaussures de sport Vuitton, dune étiquette censée garantir leur origine mais truffée de fautes dorthographe. LUnion des fabricants nhésite pas à enfoncer le clou plusieurs fois. Ainsi, un mannequin rouge délivre-t-il ce message à lencre rouge : « Tout est faux, mon costume, ma chemise, ma cravate. Les étiquettes me trahissent, elles sont vraiment laides. Regardez mon sac : en Chine, la lettre h et la lettre b se ressemblent beaucoup »
Le sac porté par le mannequin porte en effet une curieuse inscription : « pour bomme ». On traque également les reproductions imparfaites pour lesquelles « le critère dévaluation est lexistence dun risque de confusion pour le consommateur dattention moyenne », assure lUnion des fabricants. Des bouteilles de Cointreau arborant une étiquette « Cointreaux », « Coinceau » ou « Gonstric » sont exposées aux cotés de ce champagne « Cordon vert » et de tee-shirts Lacoste dont la taille est indiquée en « M » ou « XL » alors que « Lacoste taille toujours avec des chiffres », est-il précisé. On découvre au fil de la visite que « les horlogers mandatés par Cartier ou Rolex ont pour devoir de détruire immédiatement les montres contrefaites que lon apporte à réparer » et que « la vodka frelatée ferait chaque année quelques milliers de morts en Ukraine ». Le musée ne mentionne en revanche pas les effets des vraies bouteilles de vodka
Un argument contre la concurrence
Certains fabricants usent manifestement de largument de la contrefaçon pour déjouer les assauts dune concurrence jugée néfaste. Les producteurs du couteau de Laguiole dénoncent ainsi une « arnaque ». Un panneau exposé dans le village aveyronnais et reproduit dans le musée assure que le brevet protégeant le « célèbre couteau » nayant « pas été déposé à temps », dautres industriels proposent des couteaux estampillés « Laguiole », mais fabriqués « à Thiers » (ville du Puy-de-Dôme connue pour son industrie de la coutellerie) ou « au Pakistan » et vendus « par les forains, dans les bureaux de tabac, par les comités dentreprise » et même « 5 euros les 6 ». Certains « faux Laguiole » sont également « offerts avec du foie gras » ou « par votre marchand de meuble », assure le panneau qui incite les amateurs à effectuer, à Laguiole évidemment, « une visite datelier avant dacheter » un couteau. Pour dénoncer la contrefaçon, lUnifab utilise toujours les mêmes arguments. Les pièces copiées manquent de fiabilité, leur qualité est moindre, le service après vente fait défaut, le constructeur original subit un préjudice financier et son image est entachée, obérant sa capacité dinnovation. En ces temps de commerce éthique, le consommateur ne dispose par ailleurs daucun contrôle sur les conditions de travail des ouvriers qui copient les produits. La sécurité des objets est aléatoire, des fausses lunettes de soleil, dont les usagers « risquent de fortes brûlures de la rétine » aux pièces détachées de véhicule, susceptibles de provoquer des accidents. Ouvert au public quelques heures par semaine, du mardi au dimanche de 14h30 à 17h, le petit musée nattire pas les foules. Quelque 12 000 personnes le fréquentent chaque année, « autant que le centre dart contemporain du Limousin », précise Anne-Laure, à laccueil. A 90%, les visiteurs viennent en groupe, « des scolaires, des élèves en formation professionnelle dans la mode ou le commerce, des délégations étrangères et des clubs du troisième âge ». Une « mise à jour » régulière des collections est assurée. En septembre, le musée proposera une exposition sur le thème « contrefaçon et design ».
Entrée 4 euros. Musée de la contrefaçon,16 rue de la Faisanderie 75116 Paris. Tél : 01 56 26 14 00 www.unifab.com
Auteur : Olivier RAZEMON
Source : http://www.echos-judiciaires.com/
Un musé qui pourrai être impressionnant si il avait la taille nécessaire pour représenter toutes les facettes de la contrefaçon globale.
Pour mémoire, Feu mon Grand-père avait réalisé un recueil sur tout ce qui fut contrefait dans le domaine des Entreprises familiales, et ce sur trois siècles au établissement JAPY , surprenant, puisque cela va du moteur thermique a pétrole, en passant par le matériel de guerre, les émaux, l'horlogerie, les machines a écrire,les moteurs électriques ,et tous ce qui a contribué aux agressions des techniques et de la marque.
Certes la contrefaçon c'est de la spéculation qui sort sur le principe du travail équitable. Encore faut'il que les règles soit connues.
A combattre sous toutes ces formes.
Jean-Jacques
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